Organisation des élections locales : un enjeu primordial et fondamental pour les guinéens

0

L’organisation des élections communales et locales dans un pays est un aspect de la gouvernance qui renforce la démocratie à la base. Ces élections permettent aux citoyens de choisir ceux qui vont promouvoir le développement de leur localité. D’où l’importance d’avoir des responsables locaux  reconnus par les citoyens et qui ont une clairvoyance de ce que doit être la communauté à la base.

En Guinée, les dernières élections communales remontent à 2005. Après l’organisation de la présidentielle en 2010, les élections législatives en 2013, il est prévu d’organiser les élections communales et locales, mais le chronogramme de ces dernières tarde à se réaliser.

Pourtant, les enjeux et les défis de la tenue de ces élections sont de taille. « Choisir les élus locaux dans la paix, de façon participative et transparente» donne de la crédibilité, permet aussi d’établir une certaine confiance entre citoyens et élus, qu’à des personnes désignées.

Pour atteindre de tels résultats, acteurs politiques, gouvernement, société civile, partenaires bi et multilatéraux s’activent.

Déjà, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), à travers un de ses partenaires, l’ONG Internationale Search For Common Ground/ Guinée (SFCG), finance un projet intitulé : «  Choisissons nos élus locaux dans la paix. Les médias et la société civile engagent les citoyens au service des élections locales participatives, transparentes et pacifiques ».

Enjeux

Pour comprendre les enjeux des prochaines élections locales en Guinée, zoneafrique.net a interrogé plusieurs acteurs impliqués dans le processus électoral.  Les enjeux sont énormes.

Le Docteur Dansa Kourouma, président de l’organisation de la société civile guinéenne (CNOSC-G), déclare : « les élections locales peuvent permettre de créer une nouvelle remobilisation des citoyens et de renforcer le débat à la base. C’est un élément important  pour décrisper la situation et favoriser la paix sociale dans le pays. »

 

Djamilatou Bah

Djamilatou BaH

Diamilatou Bah, citoyenne, estime que « les élections locales garantiront une bonne perception de la population à l’endroit de l’administration parce que les citoyens auront tendance à faire plus confiance aux élus qu’à des gens choisis.  Ces élus, ajoute-t-elle, refléteront leur choix, donc une meilleure acceptation. Et en retour, ces élus prendront plus au sérieux leur rôle puisque confiants d’être investis par un vote ».

Pour sa part, le secrétaire administratif du bureau politique de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), principale formation politique de l’opposition du pays soutient que les élections locales, c’est la gouvernance à la base.

« Ce sont les élus locaux qui s’occupent de tous les citoyens du pays. Parce qu’au niveau national, on n’a pas une emprise réelle, alors qu’à la base, chaque entité administrative a des responsables qui contrôlent plus ou moins leurs citoyens et ils se connaissent très souvent. Un ministre ne peut pas connaitre tous les citoyens guinéens, ce n’est même pas possible. Mais, un chef de quartier, non seulement lui, il est connu de tous, mais il connait la plupart des gens, à partir du moment où il a une certaine notoriété. C’est la quintessence, la base du pouvoir, d’une part » dit-il avant

Aliou Condé UFDG -

Aliou Condé- UFDG –

d’ajouter ‘’ d’autre part, le processus électoral, compte tenu de la faiblesse de l’organe de gestion électorale qui est réduit à vingt-cinq personnes, puis d’une administration juste à côté, mais non représentée sur toute l’étendue du territoire, donc souvent les auxiliaires deviennent ceux-là (les élus locaux, NDR).  Même le gardiennage du matériel électoral, on les associe pratiquement à tout le processus électoral à la base. Et comme l’élection se fait dans le bureau de vote, et le bureau de vote se trouve à la base, il va de soi que, et les maires qui sont les premiers récipiendaires de tout le matériel électoral, et les chefs de quartiers ou des districts sont vraiment importants. Donc, c’est un enjeu primordial et fondamental », conclut-il.

Lansana Komara, coordinateur administratif du Rpr-arc-en-ciel, renchérit en ces termes : « les élections locales, c’est le pouvoir décentralisé au niveau des localités. Il est indispensable pour nous partis politiques d’avoir le maximum des communes pour nous permettre de contrôler la base. Car, a-t-il précisé, le développement communautaire est assuré par les élus locaux. Nous nous battons pour montrer à nos électeurs que nous sommes capables de leur gérer. »

Connaissant ces enjeux aussi importants d’avoir des élus locaux pour une gouvernance renforcée à la base, les acteurs interrogés sont conscients des défis à relever pour y arriver.

Le mandat des maires, des conseils de districts et de quartiers est échu depuis plusieurs années. Ceux-ci sont remplacés par des personnes désignées par le parti au pouvoir et certaines formations politiques  au prorata des dernières élections législatives.

L’organisation des élections locales a été maintes fois reportée.  Compte tenu de la complexité pour son organisation, des incohérences juridiques ont été soulevées. Ce qui a conduit à la révision du code électoral, suite à l’ouverture d’un cadre de dialogue ayant permis à harmoniser les positions. Désormais avec le code électoral révisé, les chefs de quartiers et de districts devraient être désignés proportionnellement en fonction du résultat des élections communales.

Impacts des accords politiques

Au niveau de la commission électorale nationale indépendante (CENI), on estime que les accords ont empiété le chronogramme préétablit.

Me Amadou Salifou Kébé ceni

Me Amadou Salifou Kébé, CENI

« Nous sommes sur ces élections locales depuis 2015. Normalement, on devait avoir ces élections locales au mois de décembre 2016. Mais, en octobre, il y a eu des accords  qui nous ont poussés d’attendre cette année (2017) parce qu’il devait y avoir la réforme du code de collectivité locale et le code électoral. Nous, nous étions très avancés dans le processus. Il s’agissait seulement de voir dans quelle mesure on pouvait enregistrer  les électeurs jusqu’au niveau des secteurs, des districts et des quartiers parce qu’en matière d’élections nationales, ce n’est pas facile. A l’époque, le fichier ne permettait pas d’aller à ces élections. Ensuite, nous avons procédé au découpage électoral pour permettre aux électeurs d’être plus proches des bureaux de vote », a expliqué Me Amadou Salifou Kébé, actuel président de la CENI.

De son côté, le ministre de l’Administration du territoire, le général Boureima Condé, président du cadre de dialogue, s’est félicité de la tenue de ce cadre de concertation.

« Le peuple de Guinée peut s’en féliciter de la tenue du dialogue politique. Ce sont les Guinéens qui se sont parlés et se sont mis d’accord » se réjouit-il.

Pour le ministre, nul ne se plait dans la turbulence, nul ne se plait dans l’insécurité, nul ne se plait dans l’incompréhension.

La mouvance présidentielle estime que les choses bougent du côté de la CENI et du côté du cadre de dialogue.

Lansana Komara- secrétaire permanent RPG-arc-en-ciel

Lansana Komara- secrétaire permanent RPG-arc-en-ciel

« Nous nous retrouvons régulièrement pour débattre de tous les points et situer les responsabilités afin qu’on aille à des élections dans les meilleurs délais et dans de meilleures conditions. C’est ce qui est en train de se faire. Je crois que la prochaine session du comité de suivi va arrêter quelque de concret. Car, chaque commission a été rétablie dans ces droits.  Donc, chaque commission est en train de travailler », affirme Lansana Komara.

A ce stade, l’opposition attend un chronogramme « réaliste et réalisable ». « L’Etat doit mettre les ressources à la disposition de la CENI. Le ministère de l’administration doit pouvoir diffuser les informations relatives  à ces élections, c’est-à-dire, nous donner le nombre de conseillers par commune. Le ministère de l’administration doit sortir un arrêté pour le préciser, ainsi la liste des quartiers et districts pour chaque commune. Pour désigner les chefs ou les exécutifs de ces quartiers et districts, il faudra bien qu’on ait la liste parce que c’est facile de dire que telle zone appartient à tel quartier. Il y a un travail de fond qui reste à faire. Là, le ministère de l’administration et du territoire doit mettre les bouchées doubles pour qu’on ait la cartographie des quartiers », souligne Aliou Condé de l’UFDG.

Alors que les acteurs politiques continuent leur concertation au cadre du dialogue politique, la CENI s’en félicite et note des ‘’avancées’’. Pendant ce temps, la société civile mène des démarches pour le parachèvement du processus.

Selon Me Amadou Salifou Kébé, « les avancées enregistrées au niveau de la CENI est du domaine de la loi. La loi nouvelle sur les collectivités et sur le code de collectivité lui-même, en ce qui concerne les élections locales, a modifié les méthodes par lesquelles on passe pour choisir qui peut être candidat et comment les dirigeants dans les collectivités locales sont choisis. »

Selon lui, le financement des collectivités locales est devenu une exigence, que cela soit par l’Etat ou par les partenaires bi et multilatéraux, afin que ces collectivités-là puissent  réaliser leur programme.

En ce qui concerne le choix des dirigeants des collectivités locales, il a été institué des conseils au niveau des quartiers et districts.

« Ces dirigeants sont désignés sur la base des résultats obtenus aux élections communales ; c’est-à-dire, chacun aura le pourcentage des conseillers au prorata de ce qu’il aura gagné à l’élection communale », a-t-il développé.

Malgré tout, la société civile ne manque pas d’arguments pour fustiger la façon dont les structures à la base sont administrées. Tous sont unanimes que les communes sont le leitmotiv du développement local.

Dansa Kourouma, président de l’organisation de la société civile guinéenne

Dansa Kourouma, président de l’organisation de la société civile guinéenne

Le hic, c’est qu’il y a une perte de crédibilité au niveau des municipalités. « Aujourd’hui, les communes sont administrées par des conseillers non élus, il y a beaucoup des cas de détournement et le mode de recomposition est fait de telle sorte que c’est les politiciens qui sont à la tête des communes et non des acteurs de développement. Du coup, cela trahi les aspirations de la population, il y a un déficit de confiance qui s’installe », fait remarquer le Dr Dansa Kourouma du CNOSC-G.

Pour faire changer la donne, la société civile, confie-t-il, alerte les autorités et les acteurs du processus électoral sur l’urgence  et l’impérieuse nécessité de réussir l’organisation de ces élections.

« On est en train de faire du lobbying pour que les obstacles qui se  posent devant la CENI soient levés. Nous sommes aussi en train de faire des plaidoyers pour que le gouvernement libère le fond nécessaire pour l’organisation de ces élections locales. Nous œuvrons enfin pour nous assurer de la régularité des opérations et de leur transparence pour éviter que la montagne n’accouche une souris », ajoute Dansa Kourouma.

Attentes

La non-organisation des élections locales pose d’énormes conséquences sur le développement à la base. Pouvoir, opposition, société civile et mêmes les citoyens sont unanimes qu’il est difficile dans ce cas de figure d’avoir de partenariat à l’étranger pour promouvoir le développement local des communautés.

 « Aujourd’hui, on a besoin des élus, des représentants du peuple pour aller de l’avant », assure Alhassane Kouyaté, citoyen.

Ce dernier affirme aussi que ‘’l’organisation de ces élections permet une bonne collaboration entre élus et administrés’’.

« Je pense que les élus locaux doivent être à l’écoute de la base et non servir une quelconque structure politique même si celle-ci est sa famille politique. Puis que dès qu’on dirige une localité, on a le droit de la développer, de satisfaire les citoyens et  de rendre compte de sa gestion » raisonne M. Kouyaté

www.zoneafrique.net

zoneafrique766@gmail.com

Partager.

Laisser un commentaire