Traduire

Guinée : » à cause d’Ebola, j’ai dormi à côté du cadavre de mon mari  » (témoignage d’une veuve)

0

Cri de coeurLes femmes de Guinée ont célébré dimanche 8 mars 2015 la journée internationale de la femme sous le signe de la lutte contre Ebola. À cette occasion, les pays de la Mano River touchés par Ebola ont opté pour le thème :  »les femmes au-delà d’Ebola », pour amener les femmes de ces trois pays à comprendre qu’elles pouvaient se relever après l’épidémie.

Cela a permis à des veuves et à des orphelines guéries de la maladie de raconter et faire partager leur expérience. Le témoignage suivant d’une veuve, mère de plusieurs enfants , Estelle Loua, a retenu notre attention :
 »Mon mari s’appelait Dr Zézé Koïvogui. Un jour on l’a appelé le matin de bonheur pour lui dire d’apporter son soutien à une femme qui était malade. Il est parti soigner cette dernière. À son retour à la maison, il a commencé à faire de la diarrhée. Je l’ai vu, il est parti plus de trois fois de suite aux toilettes. Ainsi, tout le monde l’a laissé avec moi. Tous ses parents ont fui.

Finalement, quand il voulait partir aux toilettes, tant que je ne le prenais pas pour le mettre sur le pot, il n’y avait personne. Je me suis occupé de lui jusqu’à ce qu’on l’amène à l’hôpital Donka (grand hôpital de Conakry, ndlr), mais ses parents ont dit que les médecins allaient le tuer en lui administrant le virus d’Ebola. Ses parents ont persisté, ils l’ont alors ramené à la maison. Trois jours après, mon mari a rendu l’âme. Et quand ses parents ont su que c’était Ebola, ils ont abandonné le cadavre avec moi. J’ai dormi dans la maison avec mari qui est mort. Voilà le corps, me voilà couchée. Je n’ai personne pour m’aider à enterrer mon mari.

Le lendemain, j’ai informé le chef de quartier. Nous avons appelé la Croix rouge et l’enterrement a eu lieu au cimetière de Wanindara (haute banlieue de la capitale). Mais peu après, les jeunes de ce quartier se sont opposés en disant qu’un corps d’Ebola ne pouvait pas être enterré dans leur cimetière. La Croix rouge a sensibilisé, pour leur dire que c’est parce qu’il n’avait pas de soutien, qu’ils l’ont enterré là. Mais ce fut en vain. Leur insistance leur a même coûté une voiture qui a été brûlée par les jeunes. Il a fallu qu’on envoie une autre voiture de la Croix rouge , qu’on déterre mon mari pour être enterré à nouveau au cimetière de Cameroun dans les environs de 20 heures. Depuis lors, on n’a pas de soutien. J’ai fait quatre enfants (2 filles et 2 garçons). »

source: afrikipresse.fr

Partager.

Laisser un commentaire