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Battue et tondue pour une histoire d’amour par un guinéen

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Il y a dans l’histoire de France des cicatrices rugueuses dont l’évocation crispe les âmes les plus enclines à l’oubli. Aussi lorsque Mouhamadou, 24 ans, reconnaît avoir battu sa cousine avant de lui raser la tête sous prétexte d’une histoire d’amour « hors communauté », les magistrats ne peuvent s’empêcher de songer à ces jeunes femmes françaises tondues à la Libération pour avoir sympathisé d’un peu trop près avec l’occupant allemand.

Justice/photo-www.huffpostmaghreb.com

Justice/photo-www.huffpostmaghreb.com

« Il y a toute une symbolique dans votre geste », regrettait à l’audience la vice-procureure, Delphine Amacher. « Raser le crâne, c’est une violence morale, c’est l’image de la féminité que l’on veut atteindre ! »

Originaire de Guinée, le jeune homme ne semble pas comprendre pourquoi il s’attire aujourd’hui les foudres de la justice. Il pensait l’affaire « réglée en famille. » Les faits se sont produits un soir d’octobre dans un appartement de la ZUP de Blois. La jeune fille, alors âgée de 17 ans, faisait ses devoirs lorsque son cousin a débarqué chez elle en lui réclamant des explications sur sa relation amoureuse avec un jeune originaire du Congo.

Les explications seront brèves et sans effet. La jeune fille finira à terre, battue à coups de pieds et de poings. C’est là qu’il ira chercher la tondeuse avec, jure-t-il, le consentement de la mère de la victime. « Elle a fait des bêtises, je n’étais pas d’accord et sa mère non plus. » Le président du tribunal, Sébastien Evesque, évoque alors les nombreuses tuméfactions certifiées par un médecin sur les paupières de la lycéenne, ses lèvres et son dos.

« Frapper une femme ce n’est pas reluisant, mais une mineure qui se trouve faire partie de votre famille… ». Mouhamadou secoue la tête : « c’est pas une histoire de communauté et, de toute façon, raser, c’est pas violent. » Le président en reste interloqué. « Elle pleurait, vous pensez que ça lui plaisait ? Et à quel titre vous décidez de ses relations ? » Accablé par le feu des questions du juge, le prévenu finit par courber la tête et s’excuser. « J’ai fauté… », lâche-t-il du bout des lèvres en se retournant légèrement vers la jeune femme assise derrière lui, le visage fermé.

Dans ses réquisitions la vice-procureure déplore « des faits d’une extrême gravité » d’autant que le prévenu a déjà été condamné et écroué à l’audience en mai 2013 pour des faits de violence.

Après en avoir délibéré, le tribunal n’a donné aucun crédit au châtiment familial en ordonnant une peine d’emprisonnement de dix mois ferme.

Tribunal correctionnel de Blois

 Cor. NR : Sa. S.

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