31e sommet des chefs d’Etat de l’UA : huit questions à Alpha Condé

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Le 31e sommet des chefs d’Etat de l’Union africaine s’est achevé lundi 2 juillet 2018 au centre de conférence al-Mourabitoun de Nouakchott, en Mauritanie. Une vingtaine de présidents ont participé à cette rencontre. Alléger les activités de l’UA, favoriser l’autofinancement de cette institution, créer un marché commun : autant de projets qui ont fait l’objet de débats.

Il a été question des crises au Soudan du Sud ou encore au Sahara occidental. Interrogé, mardi 03 juillet, le président guinéen, Alpha Condé, a estimé que les problèmes africains doivent être régler par les Africains.

Interview !

RFI : L’Union africaine vient de désigner une troïka pour gérer le dossier du Sahara occidental, dont vous faites partie de cette troïka. Quel sera votre rôle ?

Alpha Condé : C’est l’Union africaine qui a transféré le dossier du Sahara aux Nations unies. La troïka a comme rôle de suivre le dossier aux Nations unies et d’informer l’Union africaine. On ne prend pas de décisions, mais nous suivons. Nous collaborons avec les Nations unies, nous suivons le dossier et nous rendons compte à nos pairs.

L’Union africaine veut mettre en place des réformes pour essayer de rendre son fonctionnement autonome, comme par exemple en mettant en place une taxe de 0,2 % sur les produits importés. A ce jour, seulement 23 Etats africains l’appliquent. Comment peut-on expliquer ce scepticisme autour de cette taxe ?

Déjà, en un an, il y a 23 Etats, ce qui est extraordinaire. En un an, il y a déjà presque la moitié des Etats qui ont déjà accepté. Et beaucoup, dont la Guinée, que nous avons déjà mis dans notre budget. Parce que, vous savez, l’Union africaine était financée pour l’essentiel par l’Union européenne. Comment voulez-vous que l’Afrique puisse compter si on n’est même pas capables de subventionner notre organisation ? Or, aujourd’hui, nous voulons que l’Afrique parle d’une seule voix, que les problèmes africains soient réglés par les Africains. Mais pour que les gens nous prennent au sérieux, il faut que nous, on se prenne déjà au sérieux, en commençant d’abord par nous prendre au sérieux.

Enormément de pays d’Afrique australe n’ont pas encore adopté cette taxe. Qu’est-ce que vous leur dites pour les convaincre ?

Ils sont d’accord pour les 0,2 %. Mais là où il y a problème, c’est une mauvaise interprétation de l’Afrique du Sud de dire qu’on a touché à l’axe fondamental. C’est une mauvaise lecture. Et ils ont cru que, par exemple, la désignation des commissaires va être faite par le président. Non, ce n’est pas adopté. Il y a beaucoup de propositions qu’on a faites. Il y a celles qui ont été adoptées et celles qui sont en discussion. Eux, ils confondent les deux.

C’est pourquoi Paul Kagame a dit au dernier sommet : « Il ne faut pas confondre le message avec le messager ». Donc, il y a quand même interférence sur d’autres problèmes. Parce que l’Afrique du Sud en voulait à Kagame. Donc, je pense que cette partie est en train de diminuer progressivement, parce qu’il faut qu’ils comprennent qu’on pas touché à la fondamentale.

En marge de ce sommet de Nouakchott, il a beaucoup été question de la candidature de Louise Mushikiwabo, la ministre rwandaise des Affaires étrangères qui brigue le poste de secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie. Pourquoi fait-elle l’unanimité ?

J’ai défendu un principe dans l’Union africaine, c’est que, quand on nous envoie un candidat africain, tout le monde doit le soutenir. L’Afrique doit parler d’une seule voix. Donc, nous avons eu une résolution aujourd’hui qui présentait le soutien de l’Afrique à la ministre des Affaires étrangères du Rwanda.

Est-ce que, selon vous, elle a ses chances ?

Disons qu’il y a beaucoup de controverses, mais nous avons défendu un principe, l’Afrique doit parler d’une seule voix. Maintenant, évidemment, tous les Etats africains ne sont pas membres de la Francophonie. Donc, il n’y a pas cinquante Etats de la Francophonie. Cela veut dire qu’on n’est pas majoritaire au point de vue des voix de la Francophonie. Donc, cela dépendra maintenant de comment les autres pays vont se comporter.

Un autre dossier préoccupe la plupart des chefs d’Etat présents à ce sommet : la migration. La semaine dernière, l’Union européenne a décidé de mettre en place des plateformes de débarquement des migrants sur le sol africain. Comment est-ce que vous percevez cette manière de gérer les flux migratoires ?

Les Etats africains ne doivent pas se prononcer individuellement. Il faut qu’on porte le problème devant l’Union africaine et que l’Union africaine prenne une décision. Mais aussi, il y a des problèmes objectifs, ce qui est dû au comportement de l’Occident en Afrique dans le passé. Chacun doit prendre ses responsabilités. Il faut qu’on s’asseye, qu’on en discute en tenant compte des intérêts des deux côtés. Pas qu’on veille rejeter nos enfants. Alors que, si nous sommes en retard, il y a quand même des responsabilités de l’Occident et il y a notre responsabilité aussi.

Une question sur votre rôle en tant que médiateur sur la crise togolaise. A partir de quand les points de l’accord obtenu le 27 juin dernier vont-ils être exécutés ?

Il y a des choses que nous avons demandées à court terme. C’était de continuer à libérer les prisonniers. Deuxièmement, de lever l’intention de manifester dans trois régions et de permettre que les gens manifestent, mais en accord, en prenant des mesures. Nous n’avons pas affiché une date. Nous ne pouvons pas aller là-bas et reporter les élections ad vitam aeternam. Donc, nous avons donné une date indicative : le 28 novembre. Mais cela ne veut pas dire que nous fixons une date. C’est très clair, c’est une date indicative. S’ils arrivent à s’entendre, ils recommenceront. Si maintenant il n’y a pas d’entente, nous verrons alors quelle feuille de route nos pairs vont nous donner.

Donner une date indicative incite-t-il chaque partie à appliquer les recommandations que vous leur avez données ?

Nous avons dit : mettez-vous d’accord. Le Parlement va continuer jusqu’à l’élection du nouveau parlement. Mais le gouvernent aussi arrête la préparation des élections. Et nous avons dit aussi de tout faire pour qu’il y ait consensus sur l’ensemble des questions.

Par RFI

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